Yves SIFFER

Peinture sous verre

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L'OBJET SELON YVES SIFFER

Technique ancienne, bon marché, donc populaire, la peinture sous-verre consiste à appliquer la couche picturale - peinture à l'œuf, huile, acrylique - à l'arrière d'une plaque de verre, que l'on retourne ensuite pour voir l'image créée par le peintre.
Très utilisée aux XVIIIème et XIXème siècles dans toute l'Europe Centrale pour la production d'images pieuses vendues par des colporteurs, elle fut redécouverte au début du XXème siècle par Kandinsky et ses amis, qui en appréciaient la naïveté et la fraîcheur, et revivifiée après la guerre par toute une école de peintres paysans yougoslaves.
C'est cette technique que pratique exclusivement Yves Siffer depuis une trentaine d'années, en la dégageant du champ des naïfs où elle continue à être prisée, pour en faire jouer les qualités essentielles : puissance des couleurs, éclat intense des lumières, qu'aucun vernis, dans la peinture sur bois ou toile, ne saurait égaler.
Après avoir longuement exploré la peinture de paysages, avec ses villages, maisons, champs enneigés, écluses dans des atmosphères de brume, Yves Siffer avait exploité il y a quelques années les possibilités infinies des lumières du verre pour peindre la nuit, quittant du même coup le monde de la campagne pour nous emmener en ville, parmi les rues désertes éclairées de réverbères blafards.
Sa recherche à présent a quitté les représentations quasi photographiques des paysages et des espaces urbains pour s'intéresser à l'objet, représenté la plupart du temps grandeur nature sur la plaque de verre.

On pourrait classer les objets que peint Yves Siffer en quelques grandes familles, selon leur lieu d'usage dans la maison et leur fonction : objets de cuisine - bouilloires, cafetières, brocs, casseroles -, objets d'atelier - marteaux, tenailles, clés, gouges -, objets de bureau - stylos, plumes, tampons...
D'autres typologies pourraient aussi les regrouper : par formes (rondes, allongées, ...), par matériaux (fer, tôle émaillée, ...), par couleurs...

A tous ces objets, faits par et pour la main de l'homme, il conviendrait encore d'ajouter une famille un peu à part, atypique : celle des courges, potirons et coloquintes, dont l'ordre appartient au végétal, mais qui par leurs caractéristiques (non consommables, cultivés pour leur forme et leur couleur) acquièrent un statut d'objet.

Tous ces objets, pour les peindre, Yves Siffer part à leur recherche, fouillant caves et greniers, explorant marchés aux puces et autres Emmaüs, afin de les dénicher, comme un photographe parcourt les rues à l'affût de nouveaux visages.

Dans cette recherche du modèle, une rencontre, un choc doit se produire : de l'objet doit émaner quelque chose, une "aura", qui parle au peintre et qui fait que celui-ci le retiendra... Si l'on y regarde de près, tous les objets retenus par Yves Siffer, - outils, pots émaillés, coloquintes -, ont en commun d'être faits de matériaux sensibles au temps, susceptibles de porter les stigmates de l'existence : rouille, cloques, accrocs, usure, rayures...

Le choc qui doit se produire est celui de deux vécus : celui du modèle et celui du peintre, qui va tenter d'en exprimer la singularité. Yves Siffer formule cela très clairement : "Tant que je n'ai pas donné une personnalité à l'objet, je ne peux pas le peindre". On le voit : il ne s'agit pas pour le peintre d'apporter un "supplément d'âme" à l'objet, mais bel et bien de fonder sa représentation même sur une intériorité.

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