Yves SIFFER

Peinture sous verre

Accueil
Remonter
Bibliographie
Expositions
Oeuvre

 

Cette importance primordiale donnée à l'intériorité, à la personnalité, à la singularité, au caractère de l'objet explique le refus de tout réalisme dans la mise en scène de l'objet : celui-ci n'est donc pas représenté dans son décor "naturel" (atelier, table de cuisine, ...) mais convoqué violemment dans un décor volontairement sommaire, qui doit se faire oublier, à l'instar d'un décor de studio photographique, et qu'Yves Siffer réalise toujours en dernier (le fond, en peinture sous verre, est appliqué en fin de travail, quand sont terminés les premiers plans).
Ainsi, rien ne vient interférer dans l'expressivité de l'objet, rien ne vient la concurrencer ou la diluer : la représentation d'un hachoir devient portrait, celle de deux cafetières face à face devient affrontement, celle de tenailles et de clés plates devient crucifixion, où l'on reconnaît immédiatement la douloureuse Marie et Jean le Baptiste.

Il ne s'agit pas ici d'allégorie ou de métaphore : tel ou tel outil ne désigne ou ne figure pas tel ou tel caractère : il est proprement tel ou tel individu.

Le choix de la très grande précision picturale, dans une technique quasi "hyperréaliste", contribue au même effet : il faut que l'objet soit, littéralement, "plus vrai que nature", pour  qu'il puisse dépasser sa condition matérielle et atteindre une dimension  spirituelle.

Ce travail d'"ontogenèse", qui transmute et humanise nos objets (à dessein les plus banals et les plus familiers pour secouer la torpeur de nos regards), se met en scène de façon particulièrement parlante dans deux séries récentes du peintre : celle des Retables et celle des Douze saints.

Les Retables reprennent la scène traditionnelle de la crucifixion, classiquement organisée en trois images verticales (le Christ entre Marie et Jean) juxtaposées au-dessus d'une prédelle abritant le cadavre allongé du Christ.
La différence, et elle est de taille, avec la représentation canonique est que les figures divines ou humaines sont ici des clés plates, des tenailles ou des pinces.

Les Douze saints présentent quant à eux, dans de petites mises en scène soignées, des objets dont, en lisant le titre du tableau, on comprend qu'ils sont des "attributs" de saints, tels que les a peu à peu codifiés l'iconographie traditionnelle.

Dans ces deux séries, alors que l'iconographie classique associe toujours personne humaine et attribut (Saint Jean avec son calice, Sainte Madeleine avec son flacon à onguent), Yves Siffer élimine la figure humaine et ne conserve que les attributs ou l'objet totémique, dont il travaille la monumentalité, l'expressivité ou encore l'association avec d'autres objets de façon à signifier l'humain.

Les pinces des Retables se tordent alors de douleur, hurlent leur désespoir, la large brosse sous le regard du Jeune peintre de Picasso campe un Saint Luc épanoui et serein, les baies du gui et l'ampoule de la vieille lampe-torche donnent accès aux ténèbres dans lesquelles est plongée Sainte Lucie.

A la lisière de la peinture religieuse et de la nature morte, dont il conserve les apparences mais qu'il évite soigneusement, Yves Siffer revisite, dans une vision profondément humaniste, la tradition des icônes sous-verre pour nous proposer en réalité une galerie de portraits.

Libre à chacun, derrière le verre et au-delà du miroir, d'y reconnaître qui il voudra.

Philippe Lutz

 

yves.siffer@gmail.com

3, rue Principale - 67220 NEUBOIS - FRANCE

+ 33 (0)3 88 85 60 21